Joe Dante : Rencontre avec un chic type !

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Cette année, le Pr. Wicked m’a accordé toute sa confiance pour couvrir le Festival du Film Européen de Strasbourg (FEFFS). Pour ce faire je devais respecter trois règles : ne pas rater Joe Dante, ne pas rater Joe Dante, ne pas rater Joe Dante. C’est tout ? Ah ouais, lui envoyer un souvenir de Stras (choucroute et bière). OK.

Vendredi 18 septembre :

Jour de la cérémonie d’ouverture du FEFFS. On est obligé de se taper la partouze olympique de Keanu Reeves dans le très dérangeant Knock Knock. Ok, mais avant cela, présentation du jury et de la grande vedette de la semaine. Le papa de Gremlins en personne : Joe Dante. Le réalisateur à l’allure bonhomme et incroyablement humble, nous souhaite un agréable festival avant de rejoindre sa place, tel un spectateur lambda.  A la sortie du cinéma, j’entendis des personne au cou entouré des colliers BNP Paribas (partenaire officiel du FEFFS, on ne le soulignera jamais assez) parler d’une soirée après la séance rue du Miroir. Allez j’y go, on sait jamais. J’ai mon collier BNP Paribas après tout. Et mes bottines ne feront pas trop tâches. Arrivée rue du Miroir, je reconnais les organisateurs, accrédités et Joe Dante qui marchait juste à côté de moi. Nickel. Je n’ai rien à lui dire pour le moment. Je tente le « eye-contact » et la télépathie « j’adore ce que vous faites, c’est génial ! ». Mais bon, restons pro. Il a peut-être envie d’être tranquille.

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« Le propriétaire de la twingo verte stationnée devant l’entrée est prié de déplacer son véhicule »

verre  dante feffs 2015

Marion Ravenwood, et son verre du courage

Le cadre de la soirée est très sympathique. Amuse-gueule, petits fours (c’est quoi la différence ?), pas de musique, dorures sur le plafond, fenêtres sur cour, Joe Dante, du vin et du champ…euh du crémant d’Alsace (incorrigibles Alsaciens). Bon tant pis. On va s’en contenter. Il me faut bien deux verres de crémant dans le pif pour oser approcher le cinéaste qui se balade tranquillement entre les tables. Un type m’emboite le pas et s’adresse à Joe Dante avec un accent français à couper au couteau. Super, au moins je sais que Dante est accessible. Dès que le type aura terminé, je m’empresserai de lui adresser la parole. Oui mais, le mec en a visiblement pour trois heures, et on n’entend rien. Le caméraman se ramène avec toute son équipe, et je me retrouve en plein champ, arborant un « resting bitch face » un peu craignos et vidant mon verre de crémant. Je n’étais pas la seule à attendre que la place se libère en plus. Cela faisait vingt minutes. Mec, enfin !

Deux solutions, soit je lâchais l’affaire et tant pis, ça me fera une anecdote sympathique mais pas très bandante, soit je testais mon plan diabolique digne du Gremlins à la mèche blanche. Je retrouvai un article sur Marshall et Simon (Eerie Indiana), une série que Joe Dante avait réalisé dans les années 90, veillais à ce que la photo d’Omri Katz, le jeune acteur principal, s’affiche pour la montrer à Joe Dante. Le cinéaste repère mon astuce, et son visage s’éclaire. « That’s Eerie Indiana ! ». Bingo ! Je commence à discuter avec lui et son épouse très sympathiques. On parle de tout. « Panique à Florida Beach », l’acteur d’Eerie Indiana que je trouvais « trop mignon », Les Looney Tunes passent à l’action, la différence entre l’humour Disnéen et le côté sadique de la Warner, Donald Trump, l’immigration. En somme, tout sauf de Gremlins. En fait, Joe Dante a rapidement compris que j’étais sensible à tout ce qui touchait au romantisme dans ses films, plus qu’à son style série B. La discussion était tellement fluide que je ne souhaitais pas tout gâcher en lui demandant une dédicace.


Samedi : Zombie Walk.

Cette année la Zombie Walk de Strasbourg a réuni pas moins de 5000 personnages. Je décidais d’y participer sans me déguiser. Au pire avec mes amis, nous feront les proies. J’étais justement en train de leur parler de ma soirée avec Mr and Mrs Dante. Mais sans photo et dédicace, j’avais l’impression de leur mentir. C’était tellement gros. Nous nous apprêtions à passer devant la cathédrale de Strasbourg quand soudain, je reconnu une silhouette familière. « C’est Joe Dante ! ça alors ! », comme ça, tout seul. Ses fans passaient à côté de lui sans le capter. Lui levait son nez vers l’immense tour de la cathédrale. « Mr Dante », osai-je timidement. Le cinéaste me regarde. Allait-il me reconnaître ? Mes amis commençaient à se sentir gêner pour moi quand soudain, miracle, le papa de Gremlins déclare : « Oh Hi ! ». J’étais sur un petit nuage. Après une conversation-éclair, je lui demande une petite dédicace. « Oh sure ! ». Mes amis en profitent pour immortaliser ce moment en me prenant en photo. Génial !

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Boum !!

Dimanche : Master Class Joe Dante au cinéma Star Saint-Ex de Strasbourg

La salle est pleine à craquer de grands enfants fans de Gremlins. D’un côté, Jean-Baptiste Thoret, critique cinématographique à Charlie Hebdo, de l’autre, Joe Dante entouré de deux jeunes traductrices. D’abord on nous montre des images de la rétrospective Joe Dante. L’aventure intérieure, Panique à Florida Beach, Gremlins 1 et 2, Les Looney Tunes ! On s’en prend pleins les mirettes. That’s all folks ! Tonnerre d’applaudissements pour ce faiseur de rêve qu’est Joe Dante.
L’introduction de cette Master Class se fait de manière surprenante, prenant immédiatement une tournure politique. On nous dévoile les extraits du documentaire The Second Civil War, réalisé en 1997 pour HBO. Ces images satiriques raisonnent étrangement avec l’actualité sur les réfugiés politiques. A l’époque, Dante s’amusait du décalage entre les bureaucrates impuissants amateurs de bagels et la détresse des réfugiés, rappelant la pertinence de son humour ainsi que son esprit engagé. « A l’époque HBO faisait des films politiques, mais désormais le public les ignore. »
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La légèreté reprend tout de même le dessus. D’Explorers à Panique à Florida Beach, de Frank Capra à Gremlins en passant par Hollywood, les années 50/80, le blocus de Cuba en 62 et du grand manitou Steven Spielberg. Dante fait un constat assez amusant sur l’évolution des formats : « J’ai grandi dans un monde où les gens étaient gigantesques sur les écrans de cinéma, et maintenant ils sont tout petits sur les I-Pad (…) le cinéma est une expérience collective » avant de reconnaître qu’il faut vivre dans le présent. Et que pense-t-il de son cinéma en 2015 : « mes films sont plus petits mais moi je suis toujours grand ! ».

La Master Class prend fin. La foule se précipite pour une dédicace. Moi j’en ai déjà une. Je décide quand même d’aller le voir pour l’embêter avec une dernière question, une blague qui m’avait toujours perturbé dans Gremlins 2 à propos de Casablanca : « Mr Dante, c’est quoi selon vous, Casablanca avec un happy ending. Ingrid Bergman s’en irait avec qui ? Borgart ou Lazlo ? ». Dante éclate d’un grand rire. Il ne s’attendait visiblement pas à ce type de question. L’air amusé, il me répondit : « Bogart of course, that would be the happy ending, and the joke ! ». 80% des fans de Joe Dante ont beau être des mecs (je tiens ça de son épouse), le cinéaste n’en reste pas moins un grand romantique.  

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