La menace Lucas

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« Dépêche toi de venir regarder le blu-ray avant que Lucas ne rechange les films ! » (Howard Wolowitz, The big bang Theory Saison 4) .Voila sans doute la réplique la plus drôle, et la plus juste, jamais écrite au sujet du syndrome de remaniement aigu dont semble souffrir Georges Lucas depuis 1997. 2012 marqua l’ultime modification que papy Georgie amena à sa saga, via la conversion de l’épisode 1 en 3D, avec la ferme intention de passer chaque épisode à la moulinette si succès il y avait. La suite on la connait : Flop, annulation des futures ressorties 3D et revente des droits à Disney qui se chargera de la nouvelle trilogie. Le canap’ te propose ici de revenir sur 30 ans de retouchite aiguë dont souffre Lucas.

Le retour du nouvel espoir qui contre attaque les clones des siths fantômes (et réciproquement) :

Il suffit de discuter 5 minutes du sujet avec les non fans absolus de la saga pour constater le bordel qu’a foutu Lucas dans sa propre saga. Essayons de remettre tout ça à plat. En 1977 Georges Lucas sort La guerre des étoiles épisodes 4 (un nouvel espoir, longtemps appelé chez nous simplement la guerre des étoiles). Pourquoi ? Parce que Lucas à la Fac à écrit la trame générale de sa saga mais qu’elle est trop longue et coûteuse à adapter. Il décide donc de tourner en premier le 4ème épisode de son épopée, à l’image des sérial télévisés de son enfance, tels  que Flash Gordon , où l’on débarquait en plein milieu de l’action, après avoir eu un rapide résumé à l’écran qui se perdait dans le lointain. Suivront les épisodes 5 et 6, respectivement en 1980 ( L’empire contre-attaque) et 1983 ( Le retour du Jedi ) qui ne seront pas réalisés par Lucas lui même pour cause d’épuisement et d’hypertension contractés lors du tournage du film de 1977. Pour compter ses sous ça va, mais les tournages c’est fatiguant . il s’occupera dorénavant du marketing.

Les affiches dans leur ordre sorties : 4,5,6 et 1,2,3

Quinze ans passent et I.L.M. , la société d’effets spéciaux de Lucas , a assez progressé techniquement pour donner naissance  aux trois premiers épisodes de la saga tels que Lucas les avait en tête . Sortent donc en 1999 La menace fantôme, en 2002 La guerre des clones, et en 2005 La revanche des Siths, à savoir les épisodes 1,2 et 3, tous trois réalisés par Lucas (qui s’est entre temps reposé). Voilà. La plupart des gens le savent mais on a eu assez de discussions avec des gens paumés pour que ça serve à quelques uns.


De l’usure des relectures :

En 1997 Lucas retoucha pour la première fois à sa trilogie initiale de La Guerre des étoiles pour en moderniser les effets spéciaux. En ligne de mire, l’harmonisation visuelle des trois premiers volets avec ceux à venir. Ce qui lui permet aussi de tester sur ses anciens films les futures techniques qu’il utilisera dans la prélogie. En bonus, il peut utiliser des scènes abandonnées pour causes d’effets spéciaux tout moches à l’époque de la sortie. Par exemple cette scène où Han Solo négociait un délai avec Jabba the Hutt. Grâce à la magie numérique, Lucas réintègre à son film de 1977 cette scène, et « améliorera » de nouveau en 2004 le Jabba  ajouté en 1997. Pourquoi ? PARCE QU’IL PEUT ! IL A DES NOUVEAUX JOUETS ! ET C’EST LES SIENs, IL FAIT QU’EST CE QU’IL VEUT AVEC !

En haut Le Jabba ajoutée à la réédition de 1997, en bas celui numérique que Lucas intégrera à la place du précédent en 2004.

Soyons francs au delà de l’interêt technique, il y a aussi que commercialement il s’y retrouve grave. A la clé de toutes ces modifications : re-sorties vidéos, re-sorties cinéma, et bien sûr : re-sortie Merchandising. Et dés le début de cette titanesque revisitation, deux camps de Fanboys se forment :
Les Pour qui partagent l’idée de Lucas que la saga doit être un tout esthétiquement harmonieux, que l’œuvre appartient son créateur, et qui en plus sont ravis de pouvoir (re)voir les épisodes 4 ,5 et 6 au cinéma.
Les Contres, qui estiment qu’une fois les films sortis, ils n’appartiennent plus à leur créateur, mais au public qui s’est forgé ses souvenirs de gosses dessus. Toucher à cela serait en somme violer leur enfance.
Mais comme vous le savez, « seul un Sith raisonne en absolus » ! essayons donc de faire la part des choses. Le problème principal, soyons honnêtes, c’est que Lucas a fait sa fortune colossale en étant le premier à tout miser sur le Merchandising . c’est même comme ça qu’il a été exclusivement rémunéré sur le premier film. Pas de cachet mais 100% des bénéfices des produits dérivés… Si la Fox qui lisant cette close du contrat lui rit au nez à l’époque , 30 ans après, alors qu’on vend encore des t shirts et  des mugs Yoda,  ils doivent bien se bouffer les roustons…

La collec’ du canap’

Pourquoi est ce un problème ? Parce que le nom de Lucas est du coup associé à celui d’une machine à cash qui vit sur les rentes d’une œuvre unique, ce qui discrédite d’emblée toute intention artistique si sincère soit-elle. Besoin d’un peu de fonds ? Il nous fait le coup de la ressortie édition spéciale exclusive où les sabres ont été modifiés et où Jabba est refait en images de synthèse ! Supeeer ! Vite rachetons tous les films !

ça les enfants ce sont les cassettes vidéos de l’edition spéciale.

A trop réinterpréter ses propres films, le public n’y croit plus , se lasse, jusqu’à n’être plus réduit qu’au noyau dur des fan absolus, les autres ayant jetés l’éponge depuis longtemps à force d’épisodes 9 ¾ version non retouchée mais remastérisée à la 8éme minutes qui change évidemment tout le sens du film… Ça avait commencé par les sabres et les explosions en 1997 ressortis en cassettes vidéos . A cela s’ajouta l’édition vidéo des épisodes 1,2 et 3. Ce qui permit à Lucas de sortir ses films à la vente sous forme de coffrets prélogie, coffret trilogie originale. et enfin coffret intégrale. Une ruine pour les collectionneurs. En 2011, sortait la dernière ré-édition en date : l’intégrale blu ray dans lesquels Lucas remplace le Yoda marionette de la menace Fantôme par son double numérique, et rajoute une réplique à Dark Vador dans l’épisode 6, le fameux « NOOOOOOON ! » quand il se rebelle contre l’empereur qui torture Luke .

Et tant qu’à faire remplaçons yoda. WHAT ???!

De retouches esthétiques compréhensibles il y a 15 ans, on arrive sur des rajouts complètement inutiles, qu’on ne va pas lister ce serait interminable.  On a juste envie de lui dire : « bon c’est bon maintenant ça ne sert plus à rien ! Arrête ! »

La conversion 3D : « Dubitatif- désintérêt – Dodo »

D’accord on s’y attendait, un film décevant, même en 3D , ça reste un film décevant. On s’y attendait parce que Jar-Jar Binks, le bon indigène stéréotypé jamaïcain nous à toujours gonflé avec ses « Missa content ! Voussa gentil ‘vec moi ! ».

Houu ! Missa tout pewdu devant cheval de fewe ! y’a bon banania ! j’ en ai pewdu mon os dans le nez !

Mais on y est allé quand même pour voir la course de Pods, et aussi le combat contre Darth Maul , les deux scènes qui restent en mémoire et qu’on est curieux de voir en 3D. Et rebelote. Comme les modifications précédentes, la 3D n’apporte rien .  On a même failli s’endormir pour de bon pendant la séance de débat au sénat. Certes en 3D les spirales de nacelles sont vertigineuses et font leur petit effet sympa, mais pour cerner l’ennui que provoque cette scène disons qu’il est de l’ordre de celui qu’on ressent devant les Mercredis de l’assemblée nationale sur France 3.

Oui, oui, en 3D c’est vertigineux… mais on s’emmerde toujours !

Non seulement elle n’apportait rien mais en plus elle etait mal faite. Floue floue floue, voila tout ce qu’on en retient. Alors que la conversion au relief de Titanic de James Cameron a coûté 18 millions de dollars et a duré 60 semaines, Lucas n’a consacré que 15 millions de dollars (de l’argent de poche donc, pour lui) pour une conversion qui n’aura prise que 20 semaines. La comparaison fait mal ! Une drôle d’implication désinvolte d’un Lucas qui parallèlement se targue  d’être un des porte drapeau de la technologie 3D afin d’équiper tout les cinéma de dispositif 3D sur Makeit3D.com, page officielle de la société internationale de défense de la 3D.

Si tu l’aimes tant la 3D George, pourquoi tu as bâclé la tienne ? Tu serais pas un peu en train de te foutre de nos gueules par hasard ?

Un discours qui masque mal l’envie permanente de faire du cash sur des films déjà tournés. Dans le discours officiel ça donne ça :
– « une œuvre n’est jamais terminée (…) je voulais transmettre à une nouvelle génération le film au cinéma. Ce sera la 3ème génération à le voir au cinéma. Une ou deux générations les ont vus d’une certaine manière (les 4,5,6 avant les 1,2,3, ndlr.) , qui sera complètement autre pour les prochaines. C’est une façon de faire du cinéma extrêmement moderne, presque interactive. Vous prenez des cubes, vous les agencez différemment, et vous obtenez des états émotionnels différents. ».

A ceci nous ne pouvons pas être complètement en désaccord. Le choc émotionnel de découvrir après 25 ans que le méchant ultime du cinéma est en fait un homme rendu fou par la mort de sa mère était il est vrai unique. Non Dark vador n’a pas toujours été une machine à tuer sans cœur. Wahooo ! Le choc ! Oui pour nous, gamins des années 80, le monde venait d’être retourné, c’est sûr. Livrer une saga dans le désordre, oui c’est brillant. Mais retoucher son œuvre à l’infini, ça nous donne envie de rappeler à Georges Lucas le discours passionné qu’il fit le 3 mars 1988 devant le congrés Américain pour lutter contre la recolorisation de bien des classiques cinéma en noir et blanc par des studios de cinéma peu scrupuleux. A cette époque il défendait une loi de préservation des œuvres dans leur version originale :

Lucas au sénat en 1988 après un discours qu’il semble avoir oublié…

« On ne doit pas autoriser notre Histoire culturelle à être réécrite, les gens qui altèrent ou détruisent nos œuvres d’art et notre héritage culturel pour le profit ou l’exercice du pouvoir sont des barbares. »
Il ajoutera : « Ces dégradations actuelles [la recolorisation] sont juste le commencement. […] Demain, une technologie plus avancée permettra de remplacer les acteurs avec des « visages plus frais », ou d’altérer les dialogues et pour correspondre de changer le mouvement des lèvres des acteurs. ».  Un médoc pour la mémoire Georgie ?  Enfin maintenant ce n’est plus son problème il a vendu tout ça à Disney. Et devinez quoi, maintenant qu’on sait que Lucas n’y touchera pas, on y croit beaucoup à ces films !

La menace Lucas
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