Petits meurtres entre amis

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Avant de s’attaquer au long métrage, Danny Boyle a tout fait. Des années à être acteur de théâtre, puis directeur d’une troupe, et enfin réalisateur de téléfilms et séries. De quoi former un sacré bagage pour se lancer dans son premier film : « Petits meurtres entre amis ». Mais il ne faut pas s’y tromper. Tout Boyle est déjà dans ce film. Humour noir, trahison entre amis, manipulation du spectateur, anti héros, et un usage si personnel de la musique. L’année : 1994. Depuis, le cinéma Anglais n’est plus le même.

Synopsis : Alex, David et Juliet sont trois colocataires dans leur vingtaine, aux emplois stables. À la recherche du colocataire idéal ils choisissent Hugo, discret mais aimable. Tellement discret qu’il meurt en silence, enfermé dans sa chambre, une valise pleine de billets à ses cotés. La question se pose alors. Que faire de l’argent… Et du corps ?

Avec le recul il est assez dingue de constater que la problématique des trois premiers films de Danny Boyle est contenue dans la toute première réplique de son premier long métrage. « La confiance et l’amitié sont importantes dans la vie. C’est ça qui compte et vous aide à avancer. Si tu ne peux pas compter sur tes amis, alors à quoi bon ? A quoi bon ? » . L’argent qui corrompt l’amitié voilà bien le sujet central au début de la carrière de Boyle, et ce dès « Petits meurtres entre amis ». A mesure que le film avance, le pouvoir avilissant de l’argent s’instille lentement mais sûrement, contaminant tout sur son passage, amitié, amour, démontrant qu’il y a au fond de chacun, même les personnes les plus stables, un monstre. la logique Boyle étant que la trahison n’est qu’une question de prix.

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Quand tu as gagné la valise RTL mais que ça te pourrit la vie

Pour ce faire Boyle va traverser les genres cinématographiques, du plus léger au plus sombre. Il commence son film comme une comédie sociale cruelle (les hilarants entretiens pour trouver un coloc’, si méchants, mais si drôles) et l’amène doucement vers le thriller (une mort mystérieuse) puis vers l’horreur (se débarrasser du corps), et enfin vers le thriller psychologique Hitchcockien. Ce qui est effrayant c’est qu’il inscrit tout ça dans le quotidien le plus banal avec ces trois jeunes marrants en qui on se reconnaît tous un peu. Ce glissement d’atmosphère on le retrouve aussi dans le changement de l’appartement que Boyle va d’abord filmer de manière rassurante, pour doucement le transformer en théâtre d’ombres menaçantes. Et puis qui dit Boyle dit bande originale qui tue. Et elle aussi va jouer sur les contrastes, entre la légereté de Nina Simone et le thème lancinant au piano de Simon Boswell. Mais on retiendra surtout le fabuleusement ironique « Happy Heart » de Andy Williams qui accompagne le plot twist final savoureusement cruel, sur une musique légère et enjouée.

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C’est con, ça commençait pourtant bien…

Danny Boyle c’est aussi l’art consommé de nous faire aimer des connards. Avant les junkies de Trainspotting, le loser d’Une vie moins ordinaire ou le psychopathe de Trance, Boyle s’attache à nous faire aimer ce trio certes drôle mais constitué d’individus assez méprisables. Alex (Mc Gregor) le journaliste qui avant de voir un cadavre voit un scoop, Juliet qui snobe tous les coups de téléphone d’amants éconduis, et David le plus raisonnable que personne n’écoute, qui victime du plan de ses amis passera de timide comptable à machine à tuer. Si Mc Gregor (certes bon) attendra Trainspotting pour crever l’écran c’est ici le géant Christopher Eccleston qui marque, réussissant à aller de l’attendrissant à l’effroyable de manière incroyable. Un sacré job d’acteur.

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Visiblement, le comptable forcé à découper un corps devient zinzin. Visiblement

La découverte de petits meurtres entre amis en 1996 fut un sacré choc pour nous. Comédie anglaise et thriller hitchockien à la fois, classique et furieusement moderne, Danny Boyle déboulait dans nos vies avec un sacrément bon film qui tient exceptionnellement encore la route aujourd’hui, même si on le revoit pour la 20éme fois (oui on l’aime bien). Ce n’était que le début de la saga du « bag of money ». Trainspotting arrivera 2 ans plus tard.

 

Petits meurtres entre amis
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