Pour une poignée de Dollars

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On pense trop souvent à tort que « Pour une poignée de Dollars » est non seulement le premier film de Sergio Léone, mais aussi le premier western italien. Plus tard surnommé « spaghetti », par des Américains sarcastiques qui l’ont mauvaise que l’Europe fasse mieux qu’eux, ce n’est pourtant pas le cas. Léone a déjà près de 20 ans de ciné derrière lui, à gravir les échelons un par un, quand arrive en 1964 ce film qui propulsera le Western italien sur le devant de la scène mondiale. Grâce au génie d’un seul homme, ce qui devait être un petit film pour rentabiliser des décors de Far west,  devint la renaissance du Western et la naissance d’une légende : Clint Eastwood

Synopsis : Deux bandes rivales, les Baxter et les Rojo, se disputent la domination de la ville de San Miguel, au sud de la frontière américano-mexicaine. Un étranger arrive à dos de mulet dans cette petite ville et s’immisce entre les deux bandes. Proposant d’abord ses services aux Rojo, l’étranger va très vite tirer profit des deux camps à la fois.

« Quand j’ai fait « Pour une poignée de dollars« , le western italien, c’était fini : on en avait fait vingt-cinq avant moi qui étaient sortis avec des titres américains et des génériques américains. Aucun n’était bon ». Pour le western Américain aussi d’ailleurs c’était fin, délaissé par le jeune public pour la science-fiction plus moderne que des James Stewart et John Wayne vieillissants. Mais cette première incursion dans le genre par Léone ne ressemble à rien d’autre. Le héros n’a rien d’angélique, il n’est pas habillé en blanc, et il ne roule que pour une personne : lui-même. Passé au filtre de l’Italie post Mussolinienne, le western mythique devient un  théâtre cynique de la mort, univers pessimiste peuplé d’ordures en sursis. Tout italien qu’il est (et donc catholique), Léone gardera la veuve et l’orphelin mais les transformera en famille christique (Marisol et Julien, parents de Jésus) secourus par le flingueur solitaire, sorte de nouveau Messie.

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« La Baxter d’un côté, les Rojos de l’autre… Et moi en plein milieu… »

Son inspiration pour faire un western, Léone la cherchait depuis un moment quand il vit « Yojimbo » d’Akira Kurosawa au cinéma. Persuadé que cela ferait un western du tonnerre, il transpose l’intrigue au Mexique qu’il tournera en Espagne, et le Ronin devint un Desperado. Cantonné par son micro budget à quasiment 4 décors (la ville, le saloon, les deux maisons des clans et quelques extérieurs) Léone pose pourtant déjà les bases de son style si reconnaissable et irrésistible. Un rythme lent à l’extrême. Le vent se mêlant aux trompettes d’Ennio Moriccone. Des gros plans sur des visages ou des bottes. Une bonne dose de cynisme. Et des cassures soudaines de rythme, où après que la dernière note soit jouée, le silence vole en éclat sous les sifflements des revolvers.

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Vent, poussière, fumée, trompettes… Et un solitaire.
Merde qu’est ce que c’est bon

Son héros, lui, sera volontairement Américain, par souci de réalisme, contrairement au italiens affublés d’un faux nom d’acteur U.S. S’il n’a pas encore le budget pour avoir des accessoires d’époque comme dans « Le bon, la brute et le truand », ou ses acteurs de premier choix (Henry Fonda, James Coburn ou Charles Bronson, trois figures du western U.S. qu’il embauchera par la suite), Léone trouvera celui sans lequel sa première trilogie  ne serait pas la même : Clint Eastwwod. Lassé de jouer le héros chatoyant dans sa série western « Rawhide », il veut être un anti héros, et on lui promet en plus des vacances en Espagne. Nul ne peut dire si sa carrière eut été la même sans Léone, mais une chose est sûre. Face au formidable Gian Maria Volonté ( le sadique Indio), le silence et le regard de Clint percent l’écran et sa classe envahit chaque scène.

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« Aaaah, vous avez tort de rire… »

Cynisme, cupidité, vengeance, individualisme, gros plans et musique lancinante. Tout Léone est déjà là près à s’envoler et à creuser les mêmes thèmes dans une œuvre qui deviendra de plus en plus profonde. Comme le disait si bien Biff Tannen : « Oh putain, un gilet pare balle ! Ce mec est un génie ! HAHAHA Quel putain de bon film ! ». Pas mieux. Un putain de bon film et la naissance de trois légendes : Léone, Eastwood, Morricone. Pas mal pour un petit film.

Pour une poignée de Dollars
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