Saga Scream, ou l’invention de l’horreur post moderne

slide

Wes Craven n’est plus. L’un des plus grand créateur de tueurs du cinéma s’est fait fauché à son tour. Si Wes c’est avant tout Freddy, dont il n’aura réalisé que deux films sur les septs de la série, nous on s’en rappellera surtout pour la franchise avec laquelle il aura réussi à moderniser l’horreur: Scream.  Notre collection Scream, personnellement, on l’a commencée avec la VHS de Scream en 1997 (en V.O s’il vous plait), pour la continuer en DVD avec le 2 et le 3, respectivement en 1999 et 2000, et la conclure brillamment en 2011 avec Scream 4 en blu ray. Le temps passe, les supports vidéo changent, mais la terreur reste la même. Retour sur une madeleine de Proust cinéphilique pour ceux qui, comme nous, étions ados dans les années 90.


Si vous avez passé les vingt dernières années en Sibérie en compagnie d’un ours des Carpates (une espèce assez peu cinéphile), on vous résume l’intrigue.
Sidney « j’ai pas d’bol » Prescott, lycéenne moyenne d’une petite ville moyenne des États-Unis voit ses amis décimés par un mystérieux tueur, qui semble avoir un faible pour les films d’horreur (« Do you like scary moviiiiies ? »). Elle est entourée de quelques fans cinéphiles du genre (auxquels on s’identifie forcément, si on a vus les classiques souvent cités),jamais à court de théories sur le genre. Qui meurt en premier, qui a une chance de s’en sortir, les phrases à éviter et autres règles immuables de ces films, tout est décortiqué par ces fans a qui bien sûr on s’identifie en 2 secondes.  Aidée de son ami policier Dewey, et de l’intrusive journaliste Gale Weathers, Sidney tente inlassablement d’échapper, film après film, à celui que l’histoire du cinéma retiendra comme Ghostface.

scream dossier

Si tu veux savoir si tu vas crever envoie « Bimbo vierge  » au 8 12 12

Pour faire du nouveau dans l’horreur en 1997, il fallait se casser la tête. Puisque tout le monde connait les codes de l’horreur Wes Craven sera pour cette saga servi par les astucieux scénarii de Kevin Williamson (auteur entre autre du très bon scénario de « The Faculty »). Cette fine équipe va jouer sur cette connaissance du genre et donner naissance à des bijoux de méta film, des films qui parle des films. Wes Craven avait déjà effectué un traitement semblable avec le chapitre final des Freddy, Freddy sort de la nuit, réalisé un an avant Scream, où tous les acteurs du premiers films jouait leur propre rôles d’acteurs tandis que le vrai Freddy sortait du film. Voir ce film avant Scream 1 est une expérience assez intéressante. Mais la série des Scream ne redonne pas uniquement un second souffle au genre, en le faisant basculer dans l’auto-analyse. Non, non, non ! Sans ça ce serait juste un cours de ciné. Craven en plus de décortiquer son propre cinéma se paie le luxe d’appliquer tout de même à la lettre les codes de l’horreur dont les personnages se moquent. Il nous prouve de cette manière que même si on connaît les règles en tant que spectateur, elles sont toujours aussi efficaces et foutent toujours les chocottes.

Ah Randy… on t’aimais tellement

Mais l’intelligence de Craven et Williamson ne s’arrête pas à couper l’herbe sous le pied des critiques moderne lassé des vieilles recettes du genre (désolé les gars, ça fonctionne encore…). Nos compères  décidé à tacler tout le monde se paie aussi Hollywood, modèle géant. Le massacre des cinéphiles de la saga (nous, donc) inspire Hollywood. Pensez donc, ils peuvent écrire « Tiré d’une histoire vraie !!!! » sur les affiches ! A mesure que les films se suivent, chacun contient sa version « film -1 », STAB,  où Craven montre ce qu’ Hollywood aurait produit si son film précédent avait été un vrai fait divers. Le choc de découvrir la scène d’ouverture de Scream 2 peuplée de jeune abruti déguisés en ghostface reste encore intacte dans nos têtes, tant l’écran de cinéma se muait alors en miroir moqueur et macabre. A ce titre Scream 3 est sans doute la critique la plus violente des studios Hollywoodiens vue ces 20 dernières années

Mais qu’il est fort ce Kevin Williamson !

Comme Craven et Williamson s’amusent vraiment trop à se moquer des cinéphiles, des critiques, des journalistes à sensation (Aaaah Gale Weathers) et d’Hollywood, ils remettent le couvert onze ans plus tard, alors que la fin de Scream 3 semblait assez définitive. Scream 4 ajoutera à la liste de leur analyse acide de la société contemporaine une nouvelle génération. Celle qui avait cinq ans en 1997 à l’heure de Scream 1. Celle née avec Internet. Kevin Williamson et Wes Craven continuent à désamorcer nos attentes avec une séquence d’ouverture brillante (film dans le film, dans le film), tout en inscrivant parfaitement cette suite dans la nouvelle génération tout mobile, dont l’unique but est de devenir connue (vous avez dit télé réalité ?) et de tout partager tout de suite avec la terre entière. Du pain béni pour Ghostface et un jeu d’apparence jubilatoire pour Craven. La critique est là encore violente et très drôle.

scream dossier

1997 à 2011, du cinéphile au geek connecté

Dernière preuve ultime que le tandem Williamson et Craven mériterait un titre de Docteurs en horreur, ils sont conscients que ce qui caractérise un slasher est son masque : Jason (Vendredi 13), Michael Myers(Halloween), Leatherface (Massacre à la tronçonneuse), Jigsaw (Saw), etc… Créer Ghostface était déjà énorme mais pourquoi ne pas changer les personnes qui sont dessous ? Après tout un masque ça sert à ça non ? Pourquoi ne pas multiplier les tueurs ? Un nombre infini de tueurs possibles, donc d’intrigues et de rebondissements. Si n’importe quel taré peu enfiler le masque en vente libre on a un parc d’attraction pour scénariste. Et une franchise potentiellement increvable, n’en déplaise à ce fraichement décédé de Wes.

scream dossier

Une sacré paire !

Nous laisserons donc le mot de la fin à un autre Docteur en horreur : Randy . Comme ce spécialiste le hurlait très justement dans un vidéo club (c’est là où on louait des films avant internet les jeunes) : « TOUT LE MONDE EST SUSPECT ! ». Le casting aux psychopathes est ouvert. Ghostface c’est vous, c’est nous, mais c’est surtout et à jamais Wes Craven qui, mine de rien, il y a vingt ans inventait l’horreur moderne grâce aux codes de l’horreur classique. Et pour ça, on ne te remerciera jamais assez Wes.

Saga Scream, ou l’invention de l’horreur post moderne
  • 6.00 / 6 6
1 vote, 6.00 avg. rating (91% score)

Share this post Leave a comment

About The Author

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *